Les Kébabiens

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Introduction

Traduction de l'article inauguratif : Les Kébabiens sont une bande de potes, tous élèves de SciencesPo Bordeaux. Entre Juillet 2006, pour les premiers, et jusqu'à juillet 2007, pour les derniers, nous partons tous faire une année universitaire dans un pays étranger : d'Ottawa à Beyrouth en passant par Hambourg, Cardiff, Budapest ou Vilnius (et d'autres, ayant la double nationalité Kébabien-divers, partant en Espagne, Colombie...). Ainsi, pour rester en contact, partager nos expériences, et les offrir au reste du monde (il faut avoir de l'ambition...), nous avons fondé ce blog collectif en référence à notre patrie d'origine, le Kebab, parfois appellée la Kébabie (parité oblige...). Ce blog sera Kébabien, avec tout ce que celà sous-entend. Et si pour vous, ça ne sous-entend encore rien, alors suivez nos déboires avec assiduité...ou avec internet...

Recherche

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Dimanche 13 août 2006


Alors ça y est.

Demain matin, à 7h heure française, la guerre sera finie.

Un mois après les premiers bombardements de l’armée israélienne sur Beyrouth, c'est terminé.

Je ferais mieux d’écrire ce post au conditionnel, vu la fragilité de la promesse conjointe d’Israël et du Hezbollah d’arrêter les hostilités.

Mais l’espoir renaît un tout petit peu, et l’on entrevoit le bout du tunnel. Et ça fait du bien, d’écrire un peu.

Le bilan est effroyable. Le Liban est rasé. Pas la peine de jouer sur les mots, c’est un pays en cendres, qu’il va falloir entièrement reconstruire.

Les habitants du Nord d’Israël reviendront vite chez eux, d’ici quelques jours, et y retrouveront une maison. Les destructions matérielles causées par les Katiouchas seront effacées en quelques semaines. Les habitants du Sud Liban, eux, vont rentrer dans les semaines, voire les mois à venir, et vont y retrouver un amas de décombres, 15000 soldats étrangers, 15000 soldats Libanais, et des miliciens euphoriques après leur prétendue « victoire ». Et une fois de plus, il faudra tout reconstruire. Avec le sentiment d’être souillé, humilié, encore une fois, par les kakis juifs. Il va falloir enlever les décombres, en retirer les corps encastrés.
Et puis, à nouveau, tout reprendre à zéro.

Beyrouth n’est plus. Entièrement reconstruite après la guerre, elle est à nouveau ravagée par le pilonnage sauvage commandité par Dan Haloutz et autres brutes incurables.

On peut continuer longtemps de dresser ce triste bilan, en changeant de registre, en laissant place à plus de légèreté : les meilleurs vignobles du pays saccagés, le temple de Bacchus à Baalbek endommagé -les amateurs de mythologie sauront en jauger la gravité- (1) , les forêts dévastées par les incendies provoqués par le napalm israélien, la marée noire qui pourrit nos côtes et risque de faire bondir le nombre de cancers chez les populations exposées. Et cætera.

On est peut être à la veille d’un jour de paix. Mais étrangement, c'est difficile à intégrer. Comme tous les jours, on appelle la famille, on s’assure que tout va bien. On réfléchit, on repense à cette folie soudaine, inattendue, meurtrière.

Et puis, comme tous les jours, on lit les dernières nouvelles.

Où l’on apprend que les Etats Unis ont participé à la planification de l’opération israélienne, bien avant l’enlèvement des soldats. Où l'on réalise un peu plus encore à quel point on se fout de notre gueule.

Où l’on apprend qu’une fois de plus, Israël est en train d’interpréter les résolutions onusiennes, ce dont elle est coutumière, en affirmant que 1701 exige le démantèlement du Hezbollah et non pas seulement son désarmement. (2)

Où l’on apprend que le chiffre de 1000 morts pourrait doubler, au final.

Où l’on apprend que le fils de David Grossman, grand écrivain israélien, pacifiste, cosignataire d’une pétition pour la paix, est mort ce matin sur le front libanais. (3)

Où l’on apprend que pendant ce temps, à Gaza, les Palestiniens continuent d’êtres trucidés dans un silence qui devient troublant lorsqu’on le compare à la mobilisation de la C.I. pour le Liban.

Où l’on se rend compte que comparé à nos frères de Palestine, on a bien de la chance que les pays du globe se préoccupent du devenir de notre minuscule lopin de terre.

Où l’on se met à rêver d’une paix, putain d’une vraie paix, entre Juifs et Arabes, comme elle a existé dans le passé, et existe encore au Maghreb, preuve s’il en est que merde, c’est pas impossible.

Mais où l’on comprend qu’elle n’est pas pour demain, et que la faute n’est pas forcément du côté que l’on pense.

Pour finir, un extrait d’un texte de Khalil Gibran, l’un des plus grands philosophes et auteurs Libanais.
Pourquoi ? Parce qu'il procure un étrange sentiment, tant son actualité est frappante. Alors qu'il fut écrit il y a ... exactement 90 ans.

- - -

« Les miens se meurent, et moi, vivant encore, dans ma solitude, je les pleure.

Mon peuple est mort et je suis ici, dans ce pays lointain, errant au sein d'un peuple joyeux qui dort sur des lits moelleux.

Mon peuple est mort d'une mort douloureuse et je suis ici qui vit dans l'abondance et en paix.

Je ne vis pas avec mon peuple persécuté qui marche dans le cortège de la mort vers le martyre. Je suis ici, de l'autre côté de l'océan qui vis dans l'ombre de la quiétude et dans la lumière de la paix. Je suis si loin de l'arène misérable et de l'affliction que je ne puis même pas être fier de mes larmes.

La mort de mon peuple est une accusation silencieuse; c'est un crime fomenté par les têtes des serpents invisibles c'est une tragédie sans texte.

Mon peuple est mort tandis que ses mains se tendaient vers l'Orient et l'Occident, tandis que ses orbites vides regardaient fixement la noirceur du firmament

Il est mort en silence car l'humanité est restée sourde à ses appels.

Il est mort parce qu'il n'a pas sympathisé avec ses ennemis.

Il est mort parce qu'il plaçait sa confiance dans l'humanité toute entière, parce qu'il était les fleurs piétinées et non le pied qui écrase.

Il est mort parce qu'il était un bâtisseur de paix, parce que les monstres de l'enfer se sont levés ont tout détruit, parce que les vipères et les enfants des vipères ont craché du poison dans l'espace où les Saints Cèdres, les roses et les jasmins exhalent leur parfum ».

Khalil Gibran, 1916.




(1) http://www.7sur7.be/hlns/cache/fr/det/art_242823.html?wt.bron=homeBottomOvz

(2) http://www.lematin.ma/Journal/Article.asp?id=inter&ida=64166

(3) http://fr.news.yahoo.com/13082006/5/le-fils-de-l-ecrivain-et-pacifiste-israelien-david-grossman.html

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Khalil_Gibran

http://www.arte.tv/fr/histoire-societe/ARTE-info/Sp_C3_A9cial/Sp_C3_A9cial_20Guerre_20du_20Liban/1282162.html

Par Chadi - Publié dans : outgoingkebab
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